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Dans le cadre du festival Migrant'Scène 2019, le café culturel La Grande Famille de Toulouse Pinsaguel et La Cimade accueillent LESS les 21, 22 et 23 novembre : un dispositif son et photographie conçu en regard du livre Les Samothraces de Nicole Caligaris (édition Le Nouvel Attila). Trois soirées autour de l'écoute du récit par l'auteur, mis en son à trois voix, où se tisseront rencontres, débats et moments musicaux. À cette occasion, La Grande Famille et La Cimade accompagnent l'exposition du déploiement de l'œuvre photographique La Nuée d'Eric Caligaris présente dans l'édition.











«Non, nous n’avons pas été fidèles à vos souhaits. Est-ce que c’est une faute ? [...] Allez redescendez tranquille par les portes de la cale : si nous voguons, c’est votre souffle qui nous porte, nous le savons.» (*)

Dans «Résistance(s)»(**), le «s» s’écrit entre parenthèses et en minuscule. C’est une place à part que ce «s» occupe : attribut silencieux rattaché à une idée de collectif, contenu, minoré mais que l’on ne peut s’empêcher de remarquer. Dans Les Samothraces, récit de Nicole Caligaris, deux femmes sur trois portent aussi un prénom qui commence par la lettre «s», sifflant leur caractère trempé devant un destin de migrant plus qu’incertain. Ç’aurait pu n’être qu’une parabole sans les échos avec la réalité qui ont fait de ce texte autre chose qu’une fiction.Comment ne pas penser que ce «s» pluriel et silencieux est aussi celui d’une chaîne de personnes, d’intelligences et de pouvoirs, en équilibre, qui est censée contrebalancer (un temps) nos défaillances démocratiques ? Il y a peut-être derrière ces entreprises illicites l’appartenance tacite à une sorte de «grande famille» ; belle idée mais dont les contours demeurent toujours flous. Auteure exigente, Nicole Caligaris porte à bout de bras une forge littéraire dans laquelle elle m’a convié à venir souffler quelques braises avec des "Troubles" au verso de son texte. Lors de sa première édition, j’étais loin d’imaginer pareilles conséquences du durcissement des enjeux migratoires. Habitant d’une Europe en prise avec une volonté de cadenassage qui la dépasse, j’ai essayé de porter mon regard par dessus l’épaule de ceux qui témoignent de l’état des rivages, théâtres sauvages des conjuguaisons de forces, de drames, d’horreurs et d’inepties. J’ai pris, moi aussi, ce qu’il m’était donné d’attraper depuis la fenêtre de mon écran pour observer et écouter comment femmes, enfants, hommes, corps, morceaux d’infrastructures, opinions et antagonismes me parviennent par vagues successives comme des flux tendus et impossibles.

(*) Les Samothraces de Nicole Caligaris, Le Nouvel Attila, 2016, page 37.
(**) «Résistance(s)» : le thème du festival Migrant’scene 2019





LES SAMOTHRACES DE NICOLE CALIGARIS
Ce texte a été édité pour la première fois au Mercure de France en 2000.

« PAR-TIR TA-TA-TA
PAR-TIR TA-TA-TA
PAR-TIR TA-TA-TA »


Chant de survie, roman choral, manifeste d’une horde en mouvement, Les Samothraces est le cri poussé par trois femmes qui incarnent le visage et la voix d’un cœur anonyme de migrants : Madame Pépite, Sambre et Sissi la Starine ont tout, dans le désespoir comme dans la parole, des premiers personnages beckettiens sur cette route jalonnée d’obstacles et à jamais inachevée.

Leporello de 14x28cm dépliable sur 6,60m de long illustré de 1166 surphotographies qui composent La Nuée d’Eric Caligaris.
Le Nouvel Attila, Collection Otthelo 979-10-95244-05-9
www.lenouvelattila.fr/les-samothraces/

https://karoo.me/livres/les-samothraces-leclat-leclat-leclat

https://blogs.mediapart.fr/patrice-beray/blog/170117/i-owe-you-le-chant-des-migrantes-de-nicole-caligaris

Bibliographie de Nicole Caligaris
http://pointn.free.fr/doc/nicole-caligaris-biblio.html





LA NUÉE
1166 photographies numériques, Eric Caligaris, 2016.

Comme le texte des Samothrace avec qui elle dialogue, la nuée de photographies du présent ouvrage remonte à prés de vingt ans. Eric Caligaris a débuté cette série de flous «sur photographiques» en 2005, d’abord à partir de documents papier - il prend alors des photographies de migrants, de camps de détention, de cargos, de nasses, d’accueils de groupes sur les quais, d’individus isolés — puis à même l’écran, à partir des miniatures photos trouvées sur les moteurs de recherche du web, pour illustrer la question du laisser-passer en Europe. Pour Les Samothraces, c’est 1166 d’entre elles qu’il a utilisées. Ces photographies sont numériques, et les flous directe-ment réalises lors de la prise de vue, en approchant l’écran au maximum, sans effet ni retouche. C’est-à-dire sans permettre à l’appareil de faire le point, sans perspective, sans balance de blancs ni profondeur de champ.

« Je recliche des images existantes en recadrant spontanément des parties à l’intérieur desquelles je trouve mes propres marques et mes zones de sensibilité. Je compose donc de nouvelles images à partir de l’altération des premières, dans les aberrations que me propose mon appareil photo et que je contrôle sur l’écran. Le résultat n’a donc plus rien à voir avec les images d’origine et, quand cela s’avère encore être le cas, je ne les retiens pas » écrit Eric Caligaris. « Souvent, ce sont les arrière-plans qui sont déterminants ; les personnages secondaires ou les parties de décors. En position de spectateur, de voyeur, de curieux, et non d’otage, je vais chercher au-delà de la com-position pour recréer une autre image. C’est un détournement spontané effectué d’abord avec les yeux, dans une première lecture, et qui peut encore s’accentuer dans le moniteur de l’appareil (...) je cherche a définir des rapports de masses ou des lignes de force dans les cadrages qui me feront dire que ça y est, j’attrape ce que je vois. »

À cette technique, il a donné le nom de «Trouble», à cause de sa double acception en français et en anglais : résultats d’accidents choisis, d’aberrations de «sur photographies», qui permettent la découverte de l’image. Elle fut inaugurée en 2004 avec une série de photographies de vignettes de films prises dans des programmes de télévision qui apparaîtront tout d’abord dans des vidéos ou des affiches, comme celles exposées a la Maison de l’Histoire à Blagnac. Les Troubles peu-vent être vus comme le pendant lisse d’une recherche d’interventions graphiques sur supports de presse (Masques, Biffures), l’auteur ayant beaucoup dessiné sur des publicités, en les détournant notamment, comme par exemple avec les Ralepapiers parus dans la revue Eponyme d’Éric Pessan, publiée par ]oca Seria.Certaines de ces séries sont biffées, virées, rayées et ont été mises en forme pour recréer une régularité après l’avoir dissoute. Ce modèle permet de lire différemment l’image et le paysage, l’individu et l’ensemble, le microscopique et le macroscopique. D’autres séries de Troubles photo-graphiques l’illustrent :
- Séries I, ll, lll, Politi, cohortes de personnages, figures spectrales et silhouettes indécises à qui l’artiste prête un vécu, sous forme d’archives apocryphes : bribes de faux mémorial ou faux fichier policier (textes et films commentant et illustrant ces personnages),
- Coma, éclats de villes (dis)parues trouvées dans des magazines.
- Les Tentations classiques, variations en prismes de détails d’arrière-plans paysagers et végétaux de tableaux classiques, comme ceux de Raphaël ou de Claude Gelée Le Lorrain, que le photographe, devenu quasiment peintre pour l’occasion, scrute pour leurs formes, leur clair obscur, leur contre-jour.

Propos recueillis par l’éditeur.
Plus sur Éric Caligaris





LESS (SONS)
2016-2019, Eric Caligaris.

LESS est une suite de pièces électroacoustiques dont certaines, issues du projet UEVM, ont été réalisées en 2003 à partir d’un soundwalk de Nicole Caligaris pendant l’écriture du Barnum des Ombres (Vertical). Respirations, strates et synthèses sonores sont tirées d’après deux enre-gistrements itinérants. Les séquences, faites de motifs et de textures sonores prélevés dans les sources audio, redéfinissent les rythmes de la marche, de l’évolution ou de la discontinuité dans un condensé de paysages sonores urbains. Deux compositions (PAR-TIR-TA -TA-TA I, II) sont venues augmenter cette série au cours d’une pro-jection pendant une lecture à la librairie La Briqueterie Concept Store à Nice avec Madeleine Assas, Didier Flamand et Sybil Gerault. Deux nouvelles compositions (IOP et Rivedere Dublino) viendront enrichir cette sé à l'occasion des trois soirées du festival.








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As part of the Migrant'Scène 2019 festival, the La Grande Famille cultural café of Toulouse Pinsaguel and La Cimade will host LESS on November 21, 22 and 23: a sound and photography device designed with reference to Nicole Caligaris's book The Samothraces (Le New Attila). Three evenings around the author's listening to the story, set in three voices, where encounters, debates and musical moments will take place. On this occasion, La Grande Famille and La Cimade accompany the exhibition of the deployment of the photographic work La Nuée by Eric Caligaris present in the edition.

«No, we have not been faithful to your wishes. Is it a fault? [...] Go down quietly through the gates of the hold: if we sail, it's your breath that carries us, we know it. » (*)

In "Resistance (s)" (**), the "s" is written in parentheses and lowercase. It is a place apart that this "s" occupies: silent attribute attached to an idea of ​​collective, content, reduced but that we can not help noticing. In Les Samothraces, a story by Nicole Caligaris, two out of three women also carry a name that begins with the letter "s", whistling their temperament in the face of a more than uncertain migrant destiny. It could have been only a parable without the echoes with the reality that made this text something more than a fiction. How not to think that this "s" plural and silent is also that of a chain of people, intelligences and powers, in balance, which is supposed to counterbalance (a time) our democratic deficiencies? There may be behind these illicit enterprises the tacit membership of a kind of "big family"; beautiful idea but whose contours are still unclear. A demanding author, Nicole Caligaris carries at arm's length a literary forge in which she invited me to blow some coals with "Troubles" on the back of her text. At the time of its first edition, I was far from imagining such consequences of the hardening of the migratory stakes. Living in a Europe in conflict with the will to lock it out, I tried to look over the shoulder of those who testify to the state of the shores wild theaters of the combination of forces, tragedies, horrors and nonsense. I took, too, what I had to catch from the window of my screen to observe and listen how women, children, men, bodies, pieces of infrastructure, opinions and antagonisms come to me in successive waves like flows, tense and impossible.

(*) Les Samothraces of Nicole Caligaris, Le Nouvel Attila, 2016, page 37.
(**) «Résistance (s)»: the theme of the Migrant'scene Festival 2019





LES SAMOTHRACES OF NICOLE CALIGARIS
This text was published for the first time at the Mercure de France in 2000.

« PAR-TIR TA-TA-TA
PAR-TIR TA-TA-TA
PAR-TIR TA-TA-TA »


Song of survival, choral novel, manifest of a horde in movement, The Samothraces is the cry pushed by three women who embody the face and the voice of an anonymous heart of migrants: Madam Nugget, Sambre and Sissi the Starine have everything, in despair as in speech, first Beckettian characters on this road punctuated with obstacles and never completed.

Leporello 14x28cm unfoldable on 6.60m long illustrated 1166 overphotographies that compose La Nuée (The Cloud) of Eric Caligaris.
Le Nouvel Attila, Collection Otthelo 979-10-95244-05-9
www.lenouvelattila.fr/les-samothraces/

https://karoo.me/livres/les-samothraces-leclat-leclat-leclat

https://blogs.mediapart.fr/patrice-beray/blog/170117/i-owe-you-le-chant-des-migrantes-de-nicole-caligaris

Bibliography of Nicole Caligaris
http://pointn.free.fr/doc/nicole-caligaris-biblio.html





LA NUÉE (THE CLOUD)
1166 digital photographs, Eric Caligaris, 2016.

Like the text of the Samothrace with whom she dialogues, the cloud of photographs of this work goes back almost twenty years. Eric Caligaris began this series of "photographic" blurs in 2005, first from paper documents - he then takes photographs of migrants, detention camps, cargo ships, traps, group receptions on the ground. docks, isolated individuals - then on the screen, from the miniature photos found on the search engines of the web, to illustrate the issue of laissez-passer in Europe. For the Samothraces, 1166 of them he used. These photographs are digital, and blurs directly-made when shooting, approaching the screen to the maximum, without effect or editing. That is, without allowing the camera to focus, without perspective, without white balance or depth of field.

« I over shoot existing images by spontaneously reframing parts within which I find my own marks and sensory zones. So I compose new images from the alteration of the first, in the aberrations that my camera offers me and that I control on the screen. The result has nothing to do with the original images and, when it still happens, I do not hold them "wrote Eric Caligaris. "Often, it is the backgrounds that are decisive; secondary characters or parts of sets. In the position of spectator, voyeur, curious, not hostage, I will look beyond the com-position to recreate another image. It is a spontaneous diversion carried out first with the eyes, in a first reading, and which can still be accentuated in the monitor of the apparatus (...) I try to define ratios of masses or lines of force in the framing that will make me say that it is there, I catch what I see. »

To this technique, he gave the name of "Trouble", because of its dual meaning in French and English: results of selected accidents, aberrations of "on photographs", which allow the discovery of the image. It was inaugurated in 2004 with a series of photographs of vignettes of films taken in television programs that will appear first in videos or posters, such as those exhibited at the House of History in Blagnac. The Troubles can be seen as the smooth counterpart of a search for graphic interventions on media (Masks, Biffures), the author having drawn a lot on advertisements, by diverting them in particular, as for example with the Ralepapiers published in the journal Eponyme by Éric Pessan, published by] oca Seria. Some of these series are crossed, stroked, streaked and have been formatted to recreate a regularity after dissolving it. This model makes it possible to read the image and the landscape differently, the individual and the whole, the microscopic and the macroscopic. Other series of disturbances photo-graph illustrate it:
- Series I, ll, lll, Politi, cohorts of characters, spectral figures and undecided silhouettes to whom the artist lends an experience, in the form of apocryphal archives: snatches of false memorial or false police file (texts and films commenting and illustrating these characters),
- Coma, bursts of cities (dis) appeared in magazines.
- The classic Temptations, variations in prisms of details of landscape and vegetable backgrounds of classic paintings, like those of Raphael or Claude Gelée Le Lorrain, that the photographer, become almost painter for the occasion, scrutinizes for their forms, their obscure light, their against-light.

Interviewed by the publisher.
Read further about Eric Caligaris





LESS (SOUND)
2016-2019, Eric Caligaris.

LESS is a suite of electroacoustic pieces some of which, from the UEVM project, were made in 2003 from a soundwalk by Nicole Caligaris during the writing of Barnum des Ombres (Vertical). Respirations, strata and sound syntheses are drawn from two itinerant recordings. The sequences, made of patterns and sound textures taken from audio sources, redefine the rhythms of walking, evolution or discontinuity in a condensed urban soundscapes. Two compositions (PAR-TIR-TA -TA-TA I, II) came to increase this series during a pro-jection during a reading at the bookstore La Briqueterie Concept Store in Nice with Madeleine Assas, Didier Flamand and Sybil Gerault. Two new compositions (IOP and Rivedere Dublino) will enrich this suite for the three evenings of the festival.